Bilan E3

Bilan E3

2007, l’année du grand chambardement du coté de la Californie et de son grand salon annuel du jeu vidéo : L’Electronic Entertainment Expo, plus communément appelé E3, change radicalement de formule. Exit le tape à l’œil, les dépenses sans compter, les babes dénudées… et les annonces grisantes. Et oui, salon plus intimiste et calendrier oblige (début juillet contre début mai les autres années), la plupart des éditeurs sont restés très frileux durant cette grande messe annuelle du jeu vidéo. Après deux crus exceptionnels en 2005 et 2006, l’E3 ne semble plus faire autant rêver et nombreux sont ceux, journalistes comme joueurs, pour qui la pilule fut amère. Est-ce la fin d’une époque, la mort de l’événement ou est-ce juste un changement de mentalité qui s’opère ?


Microsoft, 2007 un point c’est tout.

A l’image des éditeurs tiers, les trois grands constructeurs n’ont pas souhaité faire dans la démesure durant leurs conférences annuelles. Chacune y est allé de sa stratégie de communication, car c’est bien de ça dont il s’agit : De stratégie, afin de gagner un maximum de part de marché, un maximum de sous.

Coté Microsoft, c’est dans la position sereine de leader qu’ont débarqué à Santa Monica les grands pontes de la branche Xbox 360.

Pour la première fois, le show fut retransmis en direct à la télévision américaine et ça s’est clairement ressenti dans le déroulement de la soirée. L’objectif de Microsoft fut très clair, séduire les gamers, les vrais de vrais, les purs, les durs. Pas d’annonces fracassantes cependant, ici la cible n’était pas les joueurs trisixty bien au courant de l’actualité de leur console, mais ceux ne s’étant pas encore décidé et les déçus de la PS3 et de sa ludothèque plus aride que le désert de Gobi.

Pour ce faire, la firme de Redmond avait tout de même un argument de poids ; et quel argument ! C’est donc avec toute la fierté d’un coq que la clique de Moore (désormais parti chez EA Sports) pouvait annoncer la plus grande fin d’année vidéoludique de l’histoire du jeu vidéo. Et oui, rien que ça. A une exception près, l’ensemble des jeux qui furent présenté étaient prévus pour sortir avant la fin de l’année 2007. La formule était donc limpide : Si vous voulez jouer cette année, vous devez le faire sur une 360 !

Pour cela, Microsoft a fait venir du beau monde sur la scène : La belle Jade Raymond a remplacé au pied levé les gars de chez Bungie, incapables d’offrir une démo d’Halo 3, pour éblouir la salle avec une version jouable d’Assassin’s Creed. Harmonix s’associa à Peter Moore pour une démonstration cacophonique de Rock Band. Reggie Bush, coureur vedette de l’équipe de foot US des Saints de la Nouvelle Orléans, vînt soutenir la présentation de Madden 08 (l’une des licences les plus vendues au monde). Bizarre Creations fit crisser les pneus des deux roues de Project Gotham Racing 4. Cliffy B dévoila l’un des chapitres inédit de la version PC de Gears of War et l’affrontement contre un Brumak dont tous les joueurs console rêvait. Enfin Infinity Ward vint calmer tout le monde avec une démonstration hallucinante du futur Million Seller, Call of Duty 4. Associé à ces six démonstrations plutôt convaincantes, de nombreux trailers furent diffusés : En vrac, Halo 3 bien entendu, mais aussi le rafraichissant Naruto, l’impressionnant Resident Evil 5, l’hallucinant Crysis ou encore le lauréat du salon Mass Effect, le très attendu Lost Odyssey et bien d’autres.

Pour ce qui est de l’avenir et des annonces, pas grand-chose à se mettre sous la dent cependant. Seuls deux nouveaux titres furent dévoilés : Viva Piñata Party Animal, un Party Game dans l’univers du jeu/série animée et Scene It, un clone de Buzz le Quizz sur PS2 vendu avec ses quatre manettes buzzers au look très kitch.
Enfin, quelques mots furent placés ci et là sur les gros hits de l’année 2008, Alan Wake, Fable 2, Too Human ou encore Halo Wars et Banjo Kazooie.

Cette année donc, Microsoft est resté sage et n’a pas voulu nous abreuver d’annonces alléchantes pour rester fidèle au thème de sa conférence. Il est certain que pour un public non averti, la tactique est efficace et la nique à Sony flagrante. Seulement pour le public déjà conquis, cette formule offre un petit goût de déjà vu teintée d’une bonne poignée de déception. L’euphorie de 2006 semble déjà bien lointaine…

Nintendo, l’insolence de la réussite.

Coté Nintendo, c’est un tout autre état d’esprit. Grisé par le succès phénoménal de ses consoles, la DS et la Wii, Big N s’est pointé à Santa Monica avec trois fois rien dans sa besace. Il faut dire qu’ils n’ont pas vraiment besoin de sortir de gros hits de leurs chapeaux pour s’acoquiner avec le grand public, puisqu’ils ont réussi le tour de force de vendre plus de 9 millions de consoles avec des pseudos jeux cocktails qu’on ne sort qu’à l’apéro. Du coup, le constructeur japonais ne change pas son fusil d’épaule et continue d’ignorer outrageusement les joueurs en basant toute sa communication sur ce nouveau public que l’on surnomme « Casual ».

D’ailleurs il n’y a qu’à voir le déroulement de la conférence, faites de beaux discours, de chiffres et d’extraits vidéo pour se rendre compte d’un absent de marque : Les jeux !
En effet, après être entré dans les détails du succès de ses consoles, expliqués qu’ils étaient à l’origine de la croissance actuelle de l’industrie et de l’ouverture du marché vers un public plus agé et plus féminin, Nintendo a eu à cœur de présenter ses nouveaux accessoires.
Très anecdotique, à la limite du ridicule, l’ensemble de la presse présent sur place a pu découvrir avec émerveillement le Wii Zapper permettant de combiner la Wiimote et le Nunchuk pour former un pistolet de plastique, utilisable dans les quelques FPS que propose la Wii ainsi que les jeux de tir type Resident Evil Umbrella Chronicles ou encore Ghost Squad.

Après cet accessoire révolutionnaire, c’est un autre non moins grandiose que Nintendo dévoila : Un second morceau de plastique supportant la Wiimote pour devenir un volant. Là la conférence semble toucher le fond, d’autant plus que ce type d’accessoire existe déjà chez de nombreux accessoiristes. Fort heureusement le constructeur saura rattraper le coup en profitant de l’occasion pour lever le voile sur une rumeur plus qu’insistante : L’arrivée sur la console gyroscopique d’un énième Mario Kart. Rien de surprenant dans tout cela, je vous l’accorde, mais connaissant le succès mérité remporté par l’ensemble des versions du roi des jeux de courses arcade, cette annonce résonne comme un baume cardiaque pour soigner le cœur défaillant des joueurs Nintendo complètement lésés depuis la sortie de la console.

S’en suit un troisième accessoire, beaucoup plus intéressant cette fois, se présentant sous la forme d’une balance. Le succès de WiiSports, tant sur le plan ludique que sur son omniprésence dans tout guide de minceur qui se respecte, ne pouvait pas rester sans échos et c’est en tant que véritable star de la soirée que cette balance exhiba ses caractéristiques, par l’intermédiaire de WiiFit.
Comme vous l’aurez sans doute compris de vous-même, WiiFit n’est autre qu’un jeu de Fitness tirant pleinement parti des fonctionnalités de cette accessoires très spécifique, capable d’enregistrer les moindres modulations de votre centre de gravité et la justesse des mouvements grâce à des capteurs de pression inclus dans la machine.

WiiFit proposera donc bon nombre d’exercices physiques, comme le hoola hop, les pompes ou le Yoga et vous permettra de suivre votre évolution via toutes sortes de graphiques ; un genre de Dr Kawashima pour le corps donc.
Enfin, Nintendo s’attardera quelques instants sur Zelda Phantom Hourglass, déjà sorti au japon, Metroid Prime, Mario Galaxy et Smash Bros. Brawl, quatre jeux que le joueur à la point de l’actualité connait sans doute déjà par cœur et restera étonnamment discret sur les projets DS à venir. En définitive, si Microsoft avait ouvert le bal des déceptions, ils avaient au moins pour eux d’agrémenter leur blabla scolaire par des vidéos et démonstrations de jeux. Chez Nintendo, les jeux, on les cherche encore…

Sony, l’humilité retrouvée

Sony fut le dernier à passer sur le grill californien. Sans doute hanté par les résultats désastreux de la Playstation 3 et les claques monumentales prises lors des deux années précédentes, celui-ci a sans doute pu sentir l’occasion de se refaire, suite aux conférences ennuyeuses de ses concurrents.

Dès lors, sans pour autant offrir une prestation transcendante et convaincante, Sony fut sans aucun doute le seul des trois constructeurs à nous offrir une conférence honorable.
Celle-ci débuta par la PSP. Accusée à raison d’avoir la pire ludothèque de l’ensemble des machines de jeux actuelles, la portable de Sony avait à cœur de se refaire et y met les moyens avec différents trailers de God of War : Chains of Olympus, Silent Hill Origins ou encore WipeOut Pulse. Mais c’est surtout l’arrivée sur scène d’une toute nouvelle version, plus fine, avec une autonomie accrue et des temps de chargement réduits qui va faire sensation. Seulement, même avec ces améliorations, n’est-il déjà pas trop tard pour espérer venir grignoter quelques parts de marché à la DS ?

Puis ce fut au tour de la Playstation 3 d’entrer en scène, avec pour commencer son service en ligne très prometteur, lorgnant très largement du coté de Second Life : Home. Avec cette démonstration, Sony compte bien envahir le territoire de Microsoft et son Xbox Live parfaitement rodé. Original et surtout gratuit (contre 60 euros annuel coté 360), Home pourrait bien révolutionner le monde du jeu online sur console, si tant est qu’il transforme tous les espoirs fondés en lui.

La suite restait de bonne facture, avec de nombreux titres à venir d’ici la fin de l’année, comme Ken and Lynch ou Rockband, mais tous prévu également sur sa concurrente. Seule bonne nouvelle du coté du multiplateforme, c’est la confirmation d’une exclusivité temporaire de Haze et de l’impressionnant Unreal Tournament 3 courant, semble-t-il, jusqu’à la fin de l’année.

Mais là où tout le monde attendait Sony, c’est bien sûr du coté de ses exclusivités. Souvent critiquée pour ne pas avoir su garder ses titres phares, la firme nippone paraît réagir en continuant à entretenir l’espoir d’une exclusivité de Metal Gear Solid 4, mais aussi et surtout en arborant fièrement toute une panoplie de titres internes encourageants. Certains étaient déjà bien connus de tous, comme Heavenly Sword ou encore Gran Turismo 5, d’autres, comme l’ovni Little Big Planet, étaient déjà des curiosités alléchantes, d’autres encore furent d’excellentes surprises, je pense notamment à Rachet & Clank. Mais indiscutablement, le clou de la soirée fut Killzone 2 et son trailer hallucinant. Tout le monde avait en mémoire le fameux trailer en images de synthèse exhibé lors de l’E3 2005, donc forcément, tout le monde attendait le FPS de Guerrilla au tournant.

D’autant plus qu’il ne faut pas se le cacher, ces espoirs fondés dans ce titre, vu comme le messie par beaucoup de fanboys, paraissaient à première vue ridicules tant le premier volet était apparu comme quelconque. Pourtant, avec les millions engagés par Sony dans le développement de cette suite, il faut bien avouer que le résultat est plus que probant et l’ambiance semble être l’une des clés maîtrisées par l’équipe de développement.
Bref, on aurait aimé en voir d’avantage pour se rassurer quant à l’avenir de la Playstation 3, mais ne faisons pas grise mine, Sony a cette année réussi là où les autres ont lamentablement échoué : Nous tenir éveillé tout au long de sa conférence.

E3’s not dead ?

Il est difficile de conclure aujourd’hui sur ce que va devenir l’E3. Il est encore trop tôt pour le savoir. Dans l’idée, cette nouvelle formule est plutôt bonne : Evitez à la presse de jouer des coudes avec le public, se retrouver dans des présentations plus intimistes où les rapports avec les développeurs se tissent bien plus aisément et même faire des économies sur les dépenses gargantuesques qu’engendrait le salon jusqu’alors. Malheureusement, dans les faits cela prend l’eau de partout. Les hôtels où se déroulent les présentations sont trop éloignés les uns des autres, l’événement est moins couvert à travers le monde, le salon se déroule beaucoup trop tard dans l’année, et surtout se retrouve beaucoup trop proche de la Games Convention ou du Tokyo Game Show. Du coup la plupart des éditeurs ont eu recours à ce qu’on appelle une conférence pré-E3 (THQ et Midway à New York, Ubisoft à Paris…). D’ailleurs lorsqu’on y regarde de plus près, tous ces événements ont eu lieu aux alentours du mois de Mai, date à laquelle se tenait habituellement l’E3.
Bref, l’E3 est sur la mauvaise pente, c’est un fait avéré, mais est-il vraiment mort ? Difficile de se prononcer. Tout cela va bien sûr dépendre de comment les organisateurs vont remédier aux nombreux problèmes mis au jour cette année, mais également de l’importance que vont prendre la Games Convention et le TGS dans la grande machine marketing de l’industrie du jeu vidéo. Premiers éléments de réponse, dans quelques jours en direct de Leipzig, où nous serons avec Franck pour couvrir l’événement entre deux pintes de bière.