Retour (méchant) sur l’IDATE

Retour (méchant) sur l’IDATE

Le problème lors des conférences et des salons de ce type, c’est que les intervenants y viennent finalement plus pour faire la pub de leur entreprise ou du produit phare qu’elle a lancé plutôt que pour alimenter une réflexion sur l’avenir de l’industrie des médias, des télécoms ou des jeux vidéos (pour ce qui concerne l’IDATE, mais c’est kif-kif pour tous les rendez-vous de ce type).

Pourquoi ?
Parce qu’à chaque fois, il s’agit de présentations PowerPoint instituionnelles balancées sur grand écran et lues sur l’estrade par le représentant de la société en question. Parfois même, c’est le patron qui s’est déplacé ; à l’image de Jean-Bernard Lévy, PDG de Vivendi qui nous a diffusé deux fois un spot de pub (version longue, comptez quatre minutes au bas mot à chaque fois) pour les Illimythics d’SFR… Pas sûr que ce soit le lieu pour ce faire. Et pas sûr non plus que les participants aient apprécié.

Mais alors que manque-t-il ?
C’est flagrant : il manque… un journaliste, un poil à gratter, un contradicteur, un enmerdeur… bref, quelqu’un qui s’y connaisse un tant soit peu pour titiller les orateurs (toujours « ravis et honorés » d’avoir été invités alors qu’ils ont payé) et remettre en question ce qui est dit. Du coup, dans ce genre d’évènements, on se dit qu’il vaut mieux squizer les « plénières » et n’assister qu’aux conférences-débats (c’est le dernier mot qui compte 😉 ). C’est là qu’on apprend en général le plus de choses…

Direction la conférence-débat sur les médias. Re-déception 🙁 Certes, c’est plus vivant qu’une présentation sur scène mais on assiste à un festival d’enfonçage de portes ouvertes et d’affirmations à l’emporte-pièce. Exemples choisis (la thématique de l’IDATE cette année portait sur le marché publicitaire) :

– Les chaînes hertziennes se partagent la plus grande part du marché publicitaire
– C’est pendant le prime time que l’audience est la plus forte (pas mal celle-là, hein ?)
– La majorité des possesseurs de mobiles n’est pas prête à recevoir de la pub non sollicitée par SMS
– En revanche, elle est d’accord pour recevoir de la pub par SMS en contrepartie d’une réduction sur leur facture
– La publicité placée dans les jeux vidéo (notamment les jeux de sports) n’est pas perçue comme intrusive car « le joueur ne la voit pas » (heu, sachant cela, si j’étais annonceur, j’arrêterais tout de suite de placer mes pubs dans des jeux…)
– La majorité des possesseurs de mobiles n’aimerait pas subir de coupure pub pendant le visionnage d’émissions qu’ils ont acheté légalement (manquerait plus que ça !)
– Le mobile est un objet personnel (contrairement au téléphone du foyer) et touche l’affect car il est personnalisable

Bref, la liste est longue. Le pire, c’est que tout cela est asséné par des gens qui n’ont visiblement pas les pieds sur terre. A les entendre, tout le monde est rivé sur son ordi portable 24/7, a trois consoles de jeux différentes chez lui et garde sans arrêt un oeil sur son mobile, de peur de ne pas entendre la sonnerie qui annonce l’arrivée d’un SMS…

Mais surtout, le maître mot, c’est de « faire partie d’une communauté » (au sens « social network »).

Grosso-modo, pour être digne d’intéret (publicitaire bien sûr) pour ces savants vous devez, à plein temps :

– utiliser un IM (quoi ? vous n’êtes pas toujours joignable ? pffff…)
– tenir votre profil et votre statut Fabebook à jour (vous n’y êtes pas allé depuis deux jours ? Hananananan…)
– noter les vendeurs sur eBay (vous préférez le « commerce de proximité » ? C’est quoi, ça ?…)
– consulter les recommandations des autres internautes sur Amazon (sinon, c’est que, clairement, vous êtes individualiste. Et ca, sur le net, c’est pas possible…)
– Twitter dès que possible (jamais entendu parlé de Twitter ? mais vous vivez où ?…)
– nourir votre blog et commenter les billets des autres (vous avez autre chose à faire ? Arrêtez de me faire marcher, c’est pas drôle…)
– buzzer une dizaine de vidéos Dailymotion ou YouTube chaque jour (certains amis vous ont demander de les sortir de vos boucles de mails ? Ce ne sont pas des amis alors…)

Et j’en oublie. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que si vous n’êtes pas un chaînon de ce social network, on (ils, le net, les autres… on ne sait pas trop quoi en fait) ne peut rien pour vous.

Il ne faudrait toutefois pas oublier que la plus grande communauté sociale actuellement dans le monde (y compris à l’échelle de la France il me semble), c’est quand même celle qui n’a jamais touché à un ordinateur ou qui ne sait pas s’en servir. C’est celle qui, si elle est équipée d’un mobile, ne s’en sert que pour appeler, être appelée et envoyer et recevoir des SMS…

Bref, je ressors assez perplexe de cet évènement. On parle beaucoup, on se congratule pas mal, on s’offusque un peu (« Rhaaa, le WiFi marche mal ici… ») mais j’ai surtout trouvé qu’on brassait beaucoup d’air…

A l’année prochaine (quand même) pour voir s’il y a du nouveau.

PS : je file mettre à jour mon profil Facebook… 😉